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L'article est un peu long, mais le sujet mériterait qu'on y consacre un livre de 500 pages !
On ne dit plus cancérologue, mais oncologue, ça fait mieux, c’est plus proche du terme anglo-saxon, c’est donc plus tendance. C’est le personnage le plus énigmatique du centre. Chacun à le sien.« - Mon oncologue, c’est UNTEL, il est bien gentil, le vôtre, c’est qui ?
- Moi c’est TARTAMPION, oh, elle imprévisible ! »
On voudrait ne l’avoir que pour soi, on voudrait qu’il passe tout son temps sur notre cas, on voudrait être l’objet de toutes ses études et ses recherches, en fait, on n’est que l’un des 450 nouveaux cas qu’il devra traiter au cour de cette année, sans oublier tous les patients des années précédentes pour qui il a fait des merveilles et qu’il suit encore au long cours.
Dans ces conditions, le malentendu est vite installé : le patient attend tout de l’oncologue. Le malade voit en lui une source d’espérance, il place toute sa confiance et, de ce fait, beaucoup de charge affective sur ce savant qui va lui apporter la santé et la guérison. Il veut faire équipe avec ce grand spécialiste, comme il l’a lu dans les brochures de « la Ligue contre le Cancer », il est persuadé qu’avec lui, la bataille sera gagnée et qu’il aura une réponse à toutes les questions qui se bousculent dans sa tête. Il est très vite érigé en gourou.
La déception s’installe parfois dès les toutes premières consultations, car l’oncologue a déjà oublié qui nous sommes et ce qui fait notre vie, il ne répond pas aux questions que nous posons car toutes nos questions reviennent à demander un pronostic, nous voulons qu’il réponde à LA grande interrogation « Est-ce que je vais vivre ? ». Il n’y a jamais de réponse définitive à une telle question… En temps que soignant, il est obligé de se protéger et ne peut s’investir personnellement pour un patient, sa seule possibilité est de rester « professionnel ». Vous ne serez pour lui qu’un patient, un patient qu’il faut soigner et guérir si possible, mais un patient seulement, il ne sera jamais votre ami et c’est tant mieux pour lui, et tant mieux pour vous aussi, car si tel était le cas, il n’y aurait plus d’oncologue à ce jour, ils auraient tous fait ce qu’on appelle un « burn-out » (syndrome d’épuisement professionnel).
Le malentendu s’installe d’autant plus vite et profondément que, nous les patients, savons peu de chose de l’oncologie. Nous avons l’habitude d’avoir à faire à notre médecin généraliste. Pour ce dernier, à chaque visite la démarche est la même : Nous décrivons nos symptômes, il pose un diagnostic et nous donne un traitement qui nous amène à la guérison. La partie la plus compliquée de la démarche étant de poser le bon diagnostic. Si celui-ci est posé correctement, la guérison est assurée. Pour l’oncologue, il n’est rien de cela : le diagnostic est en général assez rapidement posé (à part quelques cas de cancers à l’histologie complexe), en revanche, c’est la partie traitement qui pose le plus de problèmes. Le patient ignore que, souvent, l’oncologue n’a pas ou n’a que très peu de propositions thérapeutiques à faire. Que souvent, le choix des traitements se fait de façon empirique (on a constaté que telle chimiothérapie fonctionne mieux pour certains cas, qu’une dose X de rayons a donné des résultats sur un type de cancer, etc. …). Il ignore aussi que les traitements ne peuvent se succéder à l’infini.
L’image est trompeuse, l’homme ou la femme à la blouse blanche par qui notre salut doit venir est bien démuni, malgré toutes les machines hypersophistiquées, les technologies les plus avant-gardistes, les recherches les plus en pointes, il est souvent amené à dire « Je ne sais pas » et le patient ignore tout de cela, pensant que la haute technicité du CGFL lui garantit des résultats.
Pour comprendre son oncologue, je suggère à ceux qui en ont l’envie et le courage, de lire les cours de cancérologie générale du Professeur HERON (Centre François Baclesse – CLCC de Caen) [lien ICI] . C’est un peu compliqué, mais cela permet de se mettre dans la peau de son oncologue et de comprendre son état d’esprit. Ça évite pas mal de malentendus. Il n’est pas question ici de se substituer au médecin et de se croire à même de « piloter » son propre cas ! En revanche, cette lecture ne pourra qu’apaiser vos relations avec les équipes soignantes car elle vous amènera à comprendre ce que l’on peut raisonnablement attendre de chacun des intervenants, et de ce fait, de n’être pas déçu, car à demander l’impossible, on aboutit fatalement à la déception.
Le département oncologie du CGFL : ICI
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