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J’ai longtemps hésité à publier cet article, car je sais qu’il offusquera certains lecteurs. De plus, il y est un peu trop question de moi, qui ne voulait pas être le sujet central de ce blog. Pourtant, peut-être puis-je aider l’un ou l’autre en libérant une parole que beaucoup considèrent comme taboue : rire du cancer.Comme tous les patients du CGFL, j’essaye de prendre du recul par rapport à la maladie et, de fait, le seul moyen que j’aie trouvé, c’est d’en rire. Je sais que ça dérange, que ça choque même, mais voila, je ne sais pas faire autrement : c’est dans ma nature, je ne fais aucun effort et tant pis pour ceux qui croient que « je ris jaune ». Eh bien non, je ris de bon cœur de ma maladie parce que l’humour est mon arme de dérision massive (comme on dit quand on veut faire dans l’humour subtil… mais un peu galvaudé…).
Même si j’essaye de faire de mon mieux pour vous accrocher un sourire aux lèvres avec ma petite prose sans prétention, je n’aurai jamais le talent de Pierre Desproges qui, en ces termes, répondait à la question « Peut-on rire de tout » :
« S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s’il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses
mortelles, alors oui, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort. Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? Est-ce qu’elle ne pratique pas l’humour noir, elle, la mort ? Regardons s’agiter ces malheureux dans les usines, regardons gigoter ces hommes puissants boursouflés de leur importance, qui vivent à cent à l’heure. Ils se battent, ils courent, ils caracolent derrière leur vie, et tout d’un coup ça s’arrête, sans plus de raison que ça n’avait commencé, et le militant de base, le pompeux P. D. G., la princesse d’opérette, l’enfant qui jouait à la marelle dans les caniveaux de Beyrouth, toi aussi à qui je pense et qui a cru en Dieu jusqu’au bout de ton cancer (*), tous, tous nous sommes fauchés un jour par le croche-pied rigolard de la mort imbécile, et les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot. »Pierre Desproges, extrait du Réquisitoire contre Le Pen / Éditions du Seuil, Tôt ou Tard
Sans attendre l’autorisation de quiconque, je ris, je suis gaie et j’ai décidé de ne faire aucun effort pour contrer ma nature. Réfléchissez : quel est le choix qui nous incombe ?
- Soit nous sommes appelés à guérir (ce qui sera le cas pour la majorité d’entre nous) et dans ce cas, pourquoi se morfondre inutilement ?
- Soit la chance n’est pas au rendez-vous et dans ce cas, pourquoi gâcher le temps qu’il nous reste au lieu d’en profiter pleinement ?
L’alternative est décrite crument, mais comment l’exprimer autrement ?
En écrivant ces mots, je ne cherche même pas à me justifier, cela n’est pas nécessaire : je n’ai pas à quémander à quiconque l’autorisation d’être sereine et gaie. Comprenne qui pourra !
(*) Il pense ici à sa belle-sœur, voir l’article « La Belle-sœur de P. Desproges ».
Crédits photos : CristalXP et Photobucket.com
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