11/05/2009

Le DS 12

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S’agit-il du syndrome d’Epinal, mais vous observerez que le dialogue est difficile sur le sujet de la radiothérapie avec les manipulateurs. L’équipe est constituée de personnes formidables, sympathiques, très professionnelles. Le contact est donc facile au premier abord. Cela reste vrai dès que vous n’abordez pas l’aspect technique de la radiothérapie. De fait, il est possible de poser des questions à ce sujet, mais ne vous attendez pas à avoir de réponses claires et franches. Au contact du point d’interrogation, le manipulateur présente une réaction allergique immédiate, il se referme et se protège derrière un jargon des plus techniques. Je vais vous narrer une petite anecdote qui m’est advenue et qui illustre bien ce malaise :

Au cours des 30 séances de radiothérapies que j’ai suivies, vers la fin, au moment où il fallait faire les repérages et les traçages pour les dernières séances dites « de réduction », il s’est produit par deux fois le même incident. La machine démarrait, puis après quelques secondes s’arrêtait. Je restais immobile, attendant qu’une voie dans le système de communication me donne une indication, ou me dise de ne pas bouger… mais rien, silence radio. Puis la machine se remettait en route et la séance s’achevait comme à l’habitude. Au retour des manipulatrices dans la pièce, je sentais qu’une question ne serait pas la bienvenue et me taisais donc.

Je m’interrogeai au sujet de ces arrêts intempestifs. Non pas que je craignisse une sur-irradiation, mais devant un tel déferlement de haute technologie, on se sent si impressionnée et démunie, que toute explication est la bienvenue. Prenant mon courage à deux mains, la semaine suivante, j’osai demander « Jeudi dernier, la machine s’est arrêtée, puis a redémarré, de quoi cela vient-il ? ». Silence gêné, les manipulatrices se regardent les unes les autres, se demandant visiblement qui répondra, puis l’une d’elle me regarde et me dit tout net « C’était un DS 12, c’était d’ailleurs le seul DS 12 de la semaine ! ». Je compris que je devais me contenter de cette réponse. J’étais donc bien avancée : un DS 12… un DS 12, qu’est-ce que c’est un DS 12 ? Il m’a fallu deux semaines d’obstination et de recherches complexes sur Internet pour enfin trouver sur un forum d’élèves manipulateurs en radiothérapie, qu’un DS 12 était une mise en sécurité de la machine qui s’arrête automatiquement dès qu’il y a un écart de plus de 5 % entre deux chaines de calcul. Cela veut donc dire tout simplement, que lorsqu’on dérègle la machine, puisque celle-ci fait en permanence des vérifications de sécurité, elle s’aperçoit immédiatement des modifications et s’arrête.

Vous conviendrez avec moi qu’il eût été préférable de me répondre : « Vous êtes traitée sur une machine à très haut degré de sécurité, comme nous avons touché aux réglages en prévision des séances de réduction, celle-ci l’a immédiatement détecté et a appelé une correction. Ce système vous met donc à l’abris de tout dérèglement ce qui est très sécurisant pour vous comme pour nous ». Ce type de réponse m’aurait évité de chercher pendant 15 jours ce qu’était un DS 12, m’aurait complètement rassurée et apaisée. Tous les patients n’ont pas forcément des bases en science physique qui leur permettent de chercher la réponse par eux même. Donc combien de patients auraient gambergé sur ce DS 12 et pensé qu’ils étaient peut-être victime d’incidents aussi graves que ceux d’Epinal ?

Nous, les patients ne pouvons guère faire changer cette façon de communiquer. Le changement ne peut venir que de l’équipe elle-même, mais je ne suis pas sûre que les manipulateurs aient conscience de jargonner et d’induire de la sorte des angoisses car ils le font en toute bonne foi et sans aucune intention de nuire au patient. Je crois même que, ce faisant, ils pensent nous préserver !

Comme vous l'avez remarqué, je confesse que mon coté "vieille France" me fait aimer l'imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif, quitte à passée pour ridicule...

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